14.04.2008

Soubresauts pour la carte de famille nombreuse .

 

Carte de famille nombreuse

Le volte-face perfide de Sarkozy

Après un cafouillage tant au gouvernement qu’au sein de la majorité (voir l’article de Jeanne Smits dans Présent de samedi), Nicolas Sarkozy a donc annoncé que la carte de famille nombreuse serait finalement maintenue telle quelle financée par l’Etat. Il n’en a pas moins continué d’entretenir une confusion suspecte…

Le chef de l’Etat a donné cette assurance aux représentants d’associations familiales et de transports, lors d’un entretien à l’Elysée, en présence du président de la SNCF Guillaume Pepy et des secrétaires d’Etat Nadine Morano (famille) et Dominique Bussereau (transports). Le président de la République nous a « complètement rassurés », a déclaré le président de l’Union nationale des associations familiales, François Fondard. Pas nous !

Car il a demandé, en outre, que les tarifs sociaux de la SNCF puissent être étendus aux familles monoparentales et aux familles modestes de moins de trois enfants, autant de « situations familiales dignes d’intérêt » qui ne sont pas « prises en compte par le système actuel ». Au mépris de toute doctrine et de toute cohérence, il a montré ainsi qu’il se conformait à la nouvelle orientation donnée à la politique soi-disant familiale, dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques du 4 avril, qui consiste à renforcer la lutte contre la pauvreté : « L’objectif d’une réduction d’un tiers du taux de pauvreté en cinq ans conduit à privilégier l’objectif de redistribution verticale par rapport à celui de redistribution horizontale. Cela suppose de questionner systématiquement l’intérêt et l’équité de prestations ou de dispositifs fiscaux. »

L’objectif de la politique familiale n’est plus vraiment la natalité, comme viennent opportunément de le rappeler les évêques et comme ce fut le cas depuis les années 20, mais « la baisse des inégalités sociales et l’aide aux femmes qui travaillent, avec surtout l’objectif de faire des économies », commente la sociologue Jeanne Fagnani (CNRS). Pour qui « le vrai tournant social serait la mise sous conditions de ressources des allocations familiales » (selon la proposition du rapport Attali).

Nicolas Sarkozy n’est donc pas allé « plus loin » que ne le demandaient les associations familiales, comme le répètent bêtement les gros médias. S’il a effectivement reculé ponctuellement sur l’absorption quasi-totale de la politique familiale par la politique sociale, par ce rajout incongru et démagogique, il continue d’entretenir et d’aggraver perfidement la confusion entre deux politiques de nature différente (au détriment de la première).

Dans Le Figaro de samedi, cinq députés (Jean-Frédéric Poisson, Philippe Gosselin, Françoise Guégot, Philippe Meunier, Isabelle Vasseur) ont pourtant clairement rappelé la philosophie qui doit guider la politique familiale avec son principe d’universalité et ses transferts horizontaux au bénéfice des (vraies) familles nombreuses : « Notre politique familiale n’est pas un instrument de redistribution des richesses. Elle n’est pas un instrument supplémentaire de politique sociale, dont profiteraient indûment ceux qui “se payeraient le luxe” d’élever des enfants, parfois en grand nombre. Elle ne se confond pas avec une volonté de réduire les inégalités, ce que font à son côté les systèmes d’aide et d’assistance. Elle reconnaît au contraire que tous les Français profitent utilement de la présence d’enfants dans les familles, que cette utilité-là doit être reconnue, c’est-à-dire partiellement compensée par la solidarité nationale, et par conséquent prise en charge par l’Etat…»

Le dévoiement continu de la politique familiale en politique sociale à des fins économiques et électorales, a pour conséquence de priver la nation de sa principale richesse qui est l’homme, en dissuadant les familles d’avoir plus d’enfants. Le but d’une véritable politique familiale n’est pas de réduire les inégalités mais de financer publiquement l’investissement dans la jeunesse, et par là de favoriser les familles nombreuses et la natalité quel que soit le milieu social. Faire en sorte que ceux qui n’ont pas ou peu d’enfants paient un peu plus pour les familles chargées d’enfants…

REMI FONTAINE

 

© Présent

 

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