13.01.2009

Les "vraies écoles catholiques" ne doivent pas être sous tutelle de l'EN

Dans le dernier Monde et Vie consacré à « l‘école ex-libre ! », Mgr Jean-Pierre Cattenoz (archevêque d’Avignon) explique que son projet (diocésain) de retour à une école vraiment catholique a été plutôt mal reçu à l’extérieur, étant stigmatisé comme « communautariste » dans la presse et même dans l’Enseignement catholique et chez ses confrères (cf. Livre noir et blanc des évêques de France, Renaissance catholique, p. 141, 149 et 153) :

« A l’extérieur, cela n’a pas toujours été compris. Je me suis fait taxer de communautariste, notamment par Le Figaro (...). J’ai dit dans ma charte : ce n’est pas l’enfant qui doit être au centre de nos écoles, mais le Christ (...). Comme c’est l’Etat qui paie, nous n’avons plus le choix des professeurs. Le jour où nous l’avons accepté, nous avons vendu notre âme ! En revanche, je crois que nous devons avoir l’audace de renégocier d’autres types de contrat, qui permettraient de recevoir moins d’argent qu’aujourd’hui, mais en retrouvant la liberté de choix de nos professeurs. Si ça coûte moins cher, l’Etat ne devrait pas y être insensible ! Mais le secrétariat de l’Enseignement catholique ne veut pas en entendre parler. »

Si le projet de Mgr Cattenoz est ainsi refoulé au sein même de « l’Eglise qui est en France », il faut alors également taxer Radio-Notre-Dame (RND) et son patron (le cardinal Vingt-Trois) de « communautaristes » ! Car qu’est donc RND sinon une radio comme Mgr Cattenoz veut que l‘école catholique soit : confessionnelle ! La quasi-totalité de ses journalistes sont catholiques et réalisent des émissions diverses d’esprit toujours chrétien. On y prie publiquement. On y enseigne. Et on y cause de manière catholique, s’adressant à tous mais d’abord à des catholiques. Ce qui ne l’empêche pas d’y inviter des non-catholiques et de rester ouverte à tous mais sans jamais affadir et renier ce caractère propre, confessionnel. Tous peuvent l‘écouter, sachant ainsi à quelle musique sacrée ils prêtent leurs oreilles. Et n’importe qui, sans doute, peut y être invité à condition de savoir où il met les pieds. C’est le bon communautarisme (ouvert et missionnaire) de RND proposé par Mgr Cattenoz pour l’école catholique : « Ma ligne est simple : si nous avons un trésor, il est important de le partager. Or notre trésor, c’est notre foi (...). L’évangélisation, ça ne veut pas dire convertir tout le monde à coups de sabre et de goupillon, mais proposer à tout le monde le trésor que j’ai reçu (...). Les familles musulmanes qui mettent leurs enfants dans nos écoles savent qu’elles ont un caractère propre, qui est catholique. »

L’existence bienfaisante de RND (« une voix chrétienne dans le monde ») pour la vie sociale, intellectuelle, culturelle et spirituelle des catholiques (et au-delà) n’empêche pas la diffusion prépotente des radios publiques nationales (d’esprit laïciste) où des catholiques peuvent aussi agir, tenter d’infuser la bonne nouvelle subrepticement ou ponctuellement, comme désire le faire par exemple Le Jour du Seigneur à la télévison. Mais prétendre, en tant qu’évêques, que cela suffirait aux catholiques et qu’ils n’auraient pas besoin de KTO ou de RND parce que c’est faire du (mauvais) communautarisme, c’est aussi ridicule et masochiste que ces nationaux qui assurent qu’ils n’ont pas besoin de Présent ou Radio courtoisie ! C’est pourtant, par analogie, ce que laisse entendre le secrétariat général de l’Enseignement catholique (nommé par la Conférence des évêques de France !) dans le domaine scolaire en s’opposant au projet identitaire de Mgr Cattenoz.

En s’inféodant à l’Education nationale, en s’ouvrant laïquement à tous sans (juste) discrimination et sans discernement, l‘école « catholique » s’est déconfessionnalisée et a perdu sa spécificité « communautaire » au bon sens du terme. Elle s’est aliénée, « a vendu son âme ». Les catholiques qui y demeurent ne peuvent à peine mieux vivre que ceux qui œuvrent isolément en missionnaires dans l‘école publique (dotée au mieux d’une aumônerie), comme les journalistes catholiques du service public. C’est pas peu dire ! Dans notre société laïciste et sécularisée à outrance, les catholiques, a fortiori leurs enfants, ont vitalement besoin d’un milieu en sus de leur paroisse (école, scoutisme, médias…) qui ne soit pas conditionné par cette apostasie immanente et l’athéisme pratique qu’il implique. Sans bien sûr renoncer, autant que possible, aux terrains d’apostolat en jachère que sont devenues les indigentes écoles sous contrat aux côtés des écoles publiques, il est de plus en plus irresponsable, voire criminel, pour les évêques de continuer notamment à marginaliser et à anathématiser les écoles indépendantes hors contrat, d’esprit vraiment catholique.

Dans l’hypothèse la plus bienveillante, il serait temps pour eux de sortir enfin de timidités injustifiées. Promouvoir la restauration d’un vrai temporel chrétien à ces échelons élémentaires de l‘éducation qui dépendent de l’Eglise. Encourager la reconstruction d’un ordre social chrétien à ces premiers niveaux pour le bien des chrétiens et pour le plus grand bien de tous. « Le succès missionnaire est à ce prix », résume bien Annie Laurent (dans l’Homme nouveau du 3 janvier).

En l’occurrence, l’accusation de « communautariste » est aussi vicieuse et dialectique que celle, bien connue, d’« intégriste », de « réac », « ringard », etc. L’exemple de Radio Notre-Dame, parmi une infinité d’autres entreprises, démontre précisément qu’il est un sain et légitime communautarisme, devant lequel les « idiots utiles » chrétiens (même mitrés et crossés) de l’anti-communautarisme primaire, sytématique et viscéral devront bien convenir un jour, en y réfléchissant un peu, qu’il est le b.a.-ba de la reconquête et de la mission, contre la peste du laïcisme.

• Cf. Le communautarisme est-il un péché ? 12 euros franco à Via Romana : 5, rue du maréchal Joffre, 78000 Versailles.

REMI FONTAINE

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