03.07.2009

Ouverture du procès des émeutes de Villiers-le-Bel

Une centaine de policiers blessés, certains par balles

 Jeudi s’ouvrait devant le tribunal correctionnel de Pontoise le procès sous haute surveillance policière de dix « jeunes » majeurs impliqués dans les violentes émeutes de Villiers-le-Bel de novembre 2007, au cours desquelles une centaine de policiers devaient être blessés par armes à feu et divers projectiles (Présent des 28, 29 et 30 novembre 2007). Un procès quelque peu faussé : d’abord parce que sur les quelque 250 émeutiers repérés à l’époque par la police, 10 seulement comparaissaient libres devant le tribunal de Pontoise. Ensuite, parce que, comme l’expliquait un responsable de la police du Val-d’Oise sous couvert d’anonymat, « il est très difficile de réunir des preuves dans ce genre d’affaires ». Et, enfin, parce que tout le monde sait déjà que, quelle que soit l’issue de ce procès, la situation continuera à se dégrader dans les banlieues ethniques.

Souvenez-vous : c’était le 25 novembre 2007. Deux « jeunes » qui circulaient à vive allure sur une de ces mini-motos aujourd’hui interdites trouvaient la mort en percutant violamment une voiture de police patrouillant dans le quartier. Immédiatement, le bruit devait courir dans les cités ethniques de Villiers que les deux victimes avaient été renversées volontairement par les policiers. Rumeur encore amplifiée par les sous-entendus scandaleux des tous permiers flashs d’informations diffusés par la radio et la télévision. Aussi, les 26 et 27 novembre allaient voir s’installer à Villiers une véritable guérilla urbaine, particulièrement bien organisée et ultra-violente. Au cours de ces émeutes anti-flics, une centaine de policiers devaient être blessés par des tirs d’armes à feu, un commissaire roué de coups, des bâtiments publics et des commerces détruits, et enfin une centaine de voitures incendiées.

Devant le tribunal correctionnel de Pontoise, Thierry Aubry, capitaine de police à la PJ de Versailles, devait souligner jeudi l’extrême organisation des émeutes. Avec la « constitution de groupes et de secteurs », des « lampadaires cassés » pour plonger les quartiers dans le noir, l’organisation de « guet-apens » et l’écoute du « trafic radio de la police » pour anticiper les mouvements des CRS. « Les émeutes de 2005 étaient beaucoup plus improvisées. C’est la première fois qu’on voyait autant de policiers blessés sur un si petit périmètre », a-t-il affirmé.

De son côté, Gilbert Siniscalco, chef d’une unité de quarante CRS présente à Villiers, devait décrire le « mur humain de 250 personnes » auquel ses hommes ont fait face, « avec des individus qui venaient au contact pour essayer d’extirper un policier avec la volonté de le lyncher ». « Un fonctionnaire encerclé par des émeutiers a sorti son arme, a pointé les casseurs et ça n’a eu aucun effet », devait-il expliquer jeudi… Une attitude à l’époque fortement déconseillée par le ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie qui, hantée par la crainte d’une bavure raciste, devait même aller jusqu’à décorer des policiers ayant choisi de ne pas riposter et de se laisser « casser la gueule » sans réagir !

Des consignes du gouvernement d’autant plus lamentables, quand on entend aujourd’hui le témoignage des « jeunes » jugés par le tribunal correctionnel de Pontoise. Comme Yassin Mouaddan qui devait résumer ainsi l’état d’esprit des émeutiers : «  Ils ont tué nos frères, il faut les fumer ! » Ou encore Stéphane Farade, qui devait expliquer jeudi avoir jeté des cailloux pour « ne pas passer pour un bouffon », en précisant que « tout le monde était fier d’avoir blessé autant de policiers »…

 

FRANCK DELETRAZ

Ecrire un commentaire