16.07.2009

Sarkozy et les députés auront des comptes à rendre "là haut".

Travail du dimanche

 

 

 

 

Sans enthousiasme peut-être, comme l’assure le correspondant de l’AFP, mais tout de même nombreux, 282 députés ont voté mercredi la loi élargissant la possibilité du recours au travail du dimanche. 282 députés de la majorité UMP se sont couchés devant les exigences de Nicolas Sarkozy qui, à la suite de l’initiateur de la loi, Richard Mallié, et des propositions de Jacques Attali, a voulu faire du travail dominical un nouveau facteur de « croissance », alors qu’il s’agit en réalité d’une proposition mortelle pour la société, l’affirmation par l’Etat de la primauté de la consommation.

Le texte doit encore passer devant le Sénat, et l’on peut dire qu’il aura été amplement contesté. Toute la gauche a voté contre, pour des raisons essentiellement « sociales » certes, mais c’est déjà ça. 10 députés UMP l’ont rejointe, ainsi qu’un partie du Nouveau centre et François Bayrou. Les « chrétiens démocrates » de Christine Boutin ont voté… pour.

Pour leur honneur, signalons donc quelques-uns des UMP qui ont voté contre : le villepiniste Hervé Mariton, les élus d’Alsace ou de Moselle (dont les départements sont pourtant exclus du dispositif) Yves Bur, Denis Jacquat, Marie-Jo Zimmermann et Jean Uberschlag, et Christian Vanneste. Quinze députés UMP se sont abstenus dont Etienne Pinte et Lionel Tardy et d’autres villepinistes (Jean-Pierre Grand, Jacques Le Guen). Par ailleurs, 17 n’ont pas pris part au vote.

Troisième version du texte, la loi imposée par Sarkozy est une véritable claque pour tous ces catholiques, de « Liberté politique » à Jacques de Guillebon qui continuent de voir en lui le rempart contre la gauche qu’il faudrait toujours soutenir au motif que la présence de nos idées dans son entourage permettrait d’obtenir au moins des freins aux avancées de la culture de mort. Il n’en est rien. Qu’on ne nous dise pas, surtout, que les toilettages successifs qui auront permis d’en restreindre un peu la portée apparente relèvent de ces petites victoires malgré tout. Rémi Fontaine a montré ici que ces réaménagements ne changent rien à la philosophie profonde du texte : entre « zones d’ombre » et révolution du droit du travail, on aboutit, quoi que l’on dise, à un bouleversement radical de la logique sociale.

Les communes touristiques et thermales pourront bien plus facilement déroger à l’interdiction du travail dominicale qui demeure la règle, pour la forme. Là, le travail dominical sera en quelque sorte de droit et ne donnera lieu à aucune contrepartie supplémentaire. 500 communes sont concernées, dit l’UMP : mes opposants à la loi en comptent plutôt 6 000. Le travail du dimanche sera légalisé dans les grands centres commerciaux autour de Paris, Lille et Marseille, situés dans des « périmètres d’usage de consommation exceptionnelle ».

Exceptionnelle ? L’immense zone de Plan de Campagne, près de Marseille, où les magasins ouvrent en toute illégalité depuis 35 ans avec le soutien du député local Richard Mallié, enregistre le tiers de son chiffre d’affaires le dimanche. C’est énorme et c’est à cette aune qu’il faut juger l’extension du recours au travail dominical. En soulignant que le chiffre, la consommation, l’activité marchande ne sont pas des arguments face aux valeurs non négociables découlant de notre nature humaine.

Pour quoi sommes nous faits ? Pour Dieu. Dès la création du premier homme et de la première femme, notre Père à tous nous a montré que le septième jour est un jour pour Lui, où Adam en tant que chef de l’humanité devait lui rendre un culte ordonné à la communion, à la joie, au repos. Le mot sept, en hébreu, désigne aussi l’alliance : précisément, le repos du septième jour, devenu par la Rédemption et la consommation de la Nouvelle Alliance le repos du premier jour de la semaine, est le signe de ce lien entre Dieu et l’homme qui donne à l’homme sa dignité spécifique d’être créé à l’image et à la ressemblance de son Créateur et Père.

Proclamer que le dimanche est fait pour le travail, pour la consommation, pour le gain matériel, pour les activités purement terrestres, c’est nier de la manière la plus brutale et la plus absolue cette alliance que Dieu a voulu conclure avec nous, et pour le rétablissement de laquelle Notre Seigneur a versé jusqu’à la dernière goutte de son sang.

Eriger en principe, non plus ces services légitimes qu’ordonne la charité parce que « le sabbat est fait pour l’homme » (pour lui permettre d’être homme !), mais la primauté du matériel, c’est fixer l’homme dans la logique du sixième jour, à l’égal et aux niveau des bêtes, les yeux désespérément rivés sur l’avoir, rendus aveugles au seul objet, ou plutôt à l’Etre qui peut combler notre désir.

Le gouvernement Sarkozy ose cela. 282 députés ont osé cela. Notre devoir de résistance sera éclairé par ce que dit Caritas in veritate : chacun de nos actes engage notre responsabilité morale. Y compris nos actes d’achat.

JEANNE SMITS

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