29.11.2008
Sous l'impulsion des laïcards, la déconfessionnalisation progresse en France .
Le vocabulaire change. Et la doctrine ?
Les « Semaines sociales de France »,
qui viennent de tenir à Lyon leur 83e rassemblement annuel (5 000
personnes cette année), étaient connues comme certainement
catholiques, quoique certainement gauchisantes. C’est-à-dire que leurs
libres réflexions de laïcs responsables du temporel avaient tout de
même pour référence explicite la doctrine de l’Eglise, et
qu‘à ce titre elles étaient régulièrement
honorées d’une importante lettre officielle du Saint-Siège. Leur
déconfessionnalisation était néanmoins en gestation. On
peut considérer qu’elle est maintenant accomplie.
Désormais les Semaines sociales ne travaillent plus à l’application pratique de la
doctrine sociale catholique. Elles demeurent religieuses, mais anonymement.
Leur identité nouvelle consiste à se situer dans la perspective
de ce que pensent et font « les religions » ; « les », indistinctement.
Le concept collectif « les religions » a toujours été justement
récusé par l’Eglise catholique. Il n’y a pas si longtemps, le
président de l‘épiscopat français, qui à l‘époque
était le cardinal Ricard, déclarait encore en 2003 :
« [Les] familles religieuses n’ont pas toutes la
même histoire, la même conception de Dieu, de l’homme et de la
femme, la même façon de vivre les rapports entre les lois
religieuses et les lois de la société. Il ne saurait y avoir
un traitement indifférencié du “religieux”, pas plus
d’ailleurs qu’un front commun de défense des religions. »
C‘était à l’occasion de l’Assemblée
plénière des évêques de France, où le
rapporteur chargé d’une « approche théologique du
sujet », Mgr Joseph Doré, avait fortement exposé « la
nécessité de ne pas traiter ou laisser traiter des religions ou
du phénomène religieux en général, mais de lutter
en faveur d’un traitement différentiel à chaque fois
motivé » (cf. notre ouvrage : La laïcité dans l’Eglise).
Là contre, les Semaines sociales ont choisi non pas
même de « laisser traiter », mais de
« traiter » elles-mêmes la question ainsi
énoncée : « Les religions sont-elles une
menace ou un espoir pour nos sociétés ? » C’est pousser l’erreur jusqu‘à une
absurdité expérimentalement évidente, « les »
religions n’ont pas une pensée et une action sociales qui leur soient
communes, elles ont des actions et des pensées différentes et
souvent contradictoires. Si bien que « le dialogue entre
religion et société », dont La Croix paraît se réjouir, est une forgerie verbale à laquelle ne
peut correspondre aucune réalité. Ou du moins, sa seule réalité est de promouvoir une mortelle
déconfessionnalisation du catholicisme.
A côté de divers propos plus ou moins irresponsables, comme il est dans la tradition des
Semaines sociales, on a aussi entendu à Lyon, selon La Croix, une parole officielle, et même solennelle,
affirmer une grande nouveauté :
« Le principe de séparation du politique et du religieux est pour nous [catholiques] un préalable et une condition à toute vie religieuse et
politique apaisée. »
On suppose volontiers que l’orateur aura ainsi voulu innover
dans le vocabulaire sans renier la doctrine. Mais enfin, ce « principe
de séparation », où donc aurait-il été défini, en quoi consisterait-il ?
Nous connaissions jusqu’ici la séparation comme un fait que souvent l’on
ne peut éviter de subir (sans s’y rallier), mais non pas comme un « principe », comme un
« préalable », comme une « condition ».
Toute l’insistance doctrinale de l’Eglise est en sens contraire, elle a
été de déplorer comme un mal les séparations, celle
de la raison et de la foi, celle de la nature et de la grâce, celle de la
science et de la théologie, celle du religieux et du politique, celle de
l’Eglise et de l’Etat. Si l’on décide de changer de vocabulaire
là-dessus, on pourrait au moins reconnaître qu’on introduit alors
un changement, on devrait nous en avertir clairement, et peut-être nous
dire pourquoi. Mais il serait opportun surtout de se souvenir qu’un changement
de vocabulaire risque toujours de manifester, d’entraîner ou de
dissimuler une dangereuse modification des concepts.
Tel est l’engrenage des concessions verbales auxquelles entraîne lui aussi le fameux dialogue
interreligieux. Le cardinal Tauran, qui préside au Vatican le Conseil
pontifical chargé de ce périlleux dialogue, vient par
l’intermédiaire de L’Osservatore romano nous révéler que Dieu est revenu dans nos
sociétés européennes « grâce aux musulmans » ! Alors
là, c’est le comble de la déconfessionnalisation, poussée
jusqu‘à devenir la déconfessionnalisation de Dieu lui-même.
JEAN MADIRAN
18:21 Publié dans Doctrine sociale de l'Eglise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : doctrine sociale de l'eglise, cardinal tauran, laïcité, déconfessionnalisation



