05.03.2009
Aide aux DOM TOM: à votre bon coeur !
Après 44 jours de grève générale, le leader du LKP Elie Domota et le préfet Nicolas Desforges ont signé mercredi soir un accord appelant « à la reprise de l’activité normale » en Guadeloupe. Le texte de cet accord « extrêmement détaillé » compte 165 articles « et traite de sujets aussi divers que le prix de la baguette, l’embauche d’enseignants ou l’octroi de billets d’avion à prix réduits ».
Voici, en vrac, les principaux points de ce protocole, dit « accord Jacques Bino », du nom de ce syndicaliste assassiné « par erreur » par un manifestant qui croyait en toute bonne foi « tirer sur une voiture de police ». Cet accord entérine toute une série de baisses, qui seront évidemment compensées par l’Etat français. Baisse du prix des repas scolaires. Baisse des prix d’une centaine de produits dits de première nécessité. Baisse des tarifs bancaires (jusqu‘à 10%). Baisse du prix des carburants (de 43% pour l’essence sans plomb et de 40 centimes pour le gazole). Baisse du prix de l’eau. Baisse de 20% des prix des transports terrestres interurbains et de 20% également des tarifs des transports urbains. 40 000 billets d’avion Pointe-à-Pitre/Paris à prix très réduit seront mis à la dispositions des familles les plus modestes. Diminution de 9% de la taxe d’habitation.
A ces baisses de coût qu’il faudra bien combler avec l’argent public, s’ajoutent évidemment toute une kyrielle d’augmentations. Augmentation de 200 euros des bourses étudiants. Prime de solidarité active aux 51 000 foyers les plus pauvres. Revenu supplémentaire temporaire d’activité (RSTA) pour une période de 36 mois (mais qui, inévitablement, se pérenniseront par la suite). Fonds de soutien au bénéfice des allocataires du minimum vieillesse. Soutien accru à la rénovation du parc hôtelier à raison de 7 500 euros par chambre. (Pour des hôtels vidés par la grève ?) 13 millions d’euros seront également débloqués pour diminuer le coût des matières premières « entrant dans la fabrication de produits locaux ».
Ce n’est qu’un début : continuons la lutte !
Et puis, bien sûr, pierre de touche de « l’accord Jacques Bino » : l’augmentation de 200 euros pour les bas salaires. Elie Domota, qui a porté le mouvement de contestation en Guadeloupe « a pu légitimement triompher à l’issue de la signature : « Aujourd’hui, c’est la lutte qui paie. » Et elle paie bien. Domota a également ajouté : « Il faut néanmoins continuer à rester mobilisés et continuer à lutter. » Une phrase qui met quelques guillemets à cette « fin de grève ». Le LKP a gagné mais il continue le combat… Le combat contre qui ? Les békés et l’Etat français ?
Le préfet Nicolas Desforges s’est dit de son côté « soulagé, ému et content ». Et d’ajouter, satisfait : « C’est un moment important. On est sorti de cette crise par le haut. » Le LKP en est sorti par le haut, effectivement. Mais l’Etat français lui, en est sorti par le bas, l’oreille basse. Abusé, dupé, leurré, blousé, M. le préfet est en somme un cocu content. Malheureusement, à travers lui, c’est l’Etat français qui s’est fait posséder.
Aujourd’hui, c’est la lutte qui paie… Elie Domota et son LKP en ont fait la démonstration. Et les meneurs de la grève en Martinique en ont bien retenu la leçon. Après un mois de grève, ils durcissent encore leur mouvement. Avec des conséquences catastrophiques pour l‘économie de l‘île. Pour certains entrepreneurs martiniquais, l’année 2009 est tout simplement « perdue ». Pour d’autres, plus optimistes, elle sera simplement « très difficile à traverser ». La grève, qui paralyse l‘économie insulaire depuis quatre semaines, affecte aujourd’hui tous les secteurs et se « surajoute » dramatiquement à la crise mondiale. « Nous aurons au bas mot 10 000 suppressions d’emplois sur l’année et certainement beaucoup dans les 3 à 6 mois à venir », estime le président du MEDEF local. Dans l’hôtellerie, « un millier d’emplois directs et indirects » devraient disparaître. Les chiffres sont évidemment tout aussi déplorables en Guadeloupe.
C’est la lutte qui paie… Mais pas pour tout le monde. La lutte, qui a été conduite de façon insurrectionnelle par Elie Domota et les siens, fait aussi beaucoup de perdants. Et pas seulement chez les contribuables de la métropole. Ce qui ne l’empêche évidemment pas de faire des adeptes. Par exemple à la Réunion, où, nous dit un syndicaliste, « la vie est encore plus chère qu’aux Antilles ». Alors débrayons et nous obtiendrons ce que les Guadeloupéens ont arraché par le rapport de force.
Incitation à la haine raciale ?
Un rapport de force dans lequel l’emblématique Elie Domota n’a pas hésité, pour mobiliser ses troupes, à employer l’argument « racialiste ». Un argument qui ne peut être apparemment utilisé que d’un seul côté : celui des ex-colonisés. Chez les autres, il se transforme en racisme. Monsieur Alain Despointes, membre de l’une des puissantes familles békées de Martinique, est en train d’en faire l’expérience. Cet octogénaire a été mis en examen mardi pour « incitation à la haine raciale et apologie de crime contre l’humanité » pour des propos tenus dans un documentaire de Canal +. Le crime de M. Despointes ? Avoir déclaré incidemment, au cours de la conversation, qu’il souhaitait « préserver sa race ». Pour ses propos, il risque pas moins de 5 ans d’emprisonnement et 4 000 euros d’amende. Rappelons tout de même qu’en bonne justice, les auteurs du documentaire intitulé « Les derniers maîtres de la Martinique », réquisitoire ignoble et provocateur contre les descendants des colons, auraient dû être eux-mêmes et en premier inculpés « d’incitation à la haine raciale ». Tant leur documentaire, férocement partial, relevait du brûlot antibékés. Mais en matière de colonisation, sur le point de devenir crime contre l’humanité par le truchement de la loi Taubira sur l’esclavage, la justice est étrangement hémiplégique. Tout comme l’idéologie anti-occidentale, elle ne semble plus voir qu’un seul côté des choses.
JEAN COCHET
12:23 Publié dans DOM TOM | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dom tom



