22.11.2009

La CEDH: une machine infernale pour broyer les chrétiens et l'identité nationale!

 

Le crucifix, le Vatican et l’horreur européenne

Il  est des évènements qui, parfois, sont annonciateurs de temps nouveaux.

Le 3 novembre 2009, la Cour européenne des droits de l’Homme s’est prononcée avec éclat dans la désormais célèbre affaire « Lautsi c/ Italie », en rendant un arrêt d’une importance telle que ses probables effets dévastateurs à venir ne peuvent aujourd’hui que durablement conduire les peuples européens à s’en alarmer avec raison.

 

A l’heure où les Français s’interrogent à juste titre sur le sens à donner à leur identité nationale, non sans se perdre dans d’infinies polémiques, cette décision marquante nous rappelle opportunément, au fond, que le débat salutaire qui se noue à présent au sujet de l’identité de notre pays restera vain si, demain, la France ne se décide pas enfin à se gendarmer résolument à l’égard d’institutions européennes, notamment judiciaires, qui ne cessent de porter constamment atteinte à sa souveraineté.

L’Italie a été condamnée, à l’unanimité des sept juges qui composent à Strasbourg cette juridiction, en raison de la présence de crucifix qui ornent les salles de classes de la plupart des écoles transalpines.

 

Après avoir tenté, sans succès, d’obtenir des juridictions italiennes le retrait des crucifix de l’établissement secondaire d’Arezzo où étudiaient leurs deux enfants, un médecin Massimo Albertin et sa femme, d’origine finlandaise, Soile Tuulinki Lautsi, s’étaient alors tournés vers la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), en la saisissant d’une requête dirigée à l’encontre de l’Etat italien.

Au nom du couple, membres l’un et l’autre de l’Union des athées et agnostiques rationalistes, Mme Lautsi avait allégué que « l’exposition de la croix dans les salles de classe de l’école publique fréquentée par ses enfants était une ingérence incompatible avec la liberté de conviction et de religion ainsi qu’avec le droit à une éducation et un enseignement conformes à ses convictions religieuses et philosophiques » (exposé des motifs de l’arrêt Lautsi c/ Italie).

Après avoir accepté de se placer pleinement sur le terrain juridique de la requérante, la CEDH a consenti à faire droit aux prétentions de ces justiciables particuliers, animés par d’évidentes convictions militantes, tout en profitant de ce litige pour se forger en la matière une doctrine de fer au travers de considérants qui méritent d’être fidèlement analysés.

Raisonnant par analogie à partir d’une jurisprudence relevant en la matière de contentieux passés, la CEDH pose d’emblée comme acquise dans sa décision, « l’obligation pour l’Etat de s’abstenir d’imposer, même indirectement, des croyances, dans les lieux où les personnes sont dépendantes de lui ou encore dans des endroits où elles sont particulièrement vulnérables » (§ 56), ce qui est le cas s’agissant « de l’exposition du crucifix dans les salles de classe » (§ 50) au regard « de la nature du symbole religieux et (de) son impact sur les élèves d’un jeune âge » (§ 50).

Pourtant, le gouvernement italien disposait pour lui d’un système de défense cohérent, fondé sur les traits constants de son histoire et de son identité, tout aussi parfaitement recevable que celui opposé par des contradicteurs qui avaient fait le choix de se placer sur le registre de la seule liberté individuelle.

Ainsi, l’Etat italien justifie « l’obligation (ou le fait) d’exposer le crucifix en se rapportant au message moral positif de la foi chrétienne, qui transcende les valeurs constitutionnelles laïques, au rôle de la religion dans l’histoire italienne ainsi qu’à l’enracinement de celle-ci dans la tradition du pays » (§ 51), ce qui le conduit logiquement à attribuer « au crucifix une signification neutre et laïque en référence à l’histoire et à la tradition italiennes, intimement liées au christianisme » (§ 51).

En d’autres termes, si le crucifix est bien un symbole religieux, il peut aussi bien « représenter d’autres valeurs » (§ 51).

De cette « pluralité de significations » avancée par le gouvernement transalpin, pleinement vérifiée par l’histoire, nos juges européens ont fait  le choix de s’en écarter radicalement, en ne considérant, au terme d’un raisonnement aussi court que subjectif, que seule la « signification religieuse est prédominante » (§ 51).

Partant du principe général que « l’Etat est tenu à la neutralité confessionnelle dans le cadre de l’éducation publique… » (§ 56), la CEDH estime « que l’exposition obligatoire d’un symbole d’une confession donnée...restreint le droit des parents d’éduquer leurs enfants selon leurs convictions ainsi que les droits des enfants scolarisés de croire ou de ne pas croire » (§ 57).

Selon nos magistrats de Strasbourg, la présence de crucifix dans les salles de classes contredirait en effet la liberté de ne pas croire, qui « n’est pas limitée à l’absence de services religieux ou d’enseignement religieux, (mais) s’étend (aussi) aux pratiques et aux symboles exprimant, en particulier ou en général, une croyance, une religion ou l’athéisme » (§ 55).

Dès lors, il résulte de ce raisonnement déroutant, artificiellement conçu par une juridiction partisane, que la présence du crucifix dans les salles de classes de l’Italie viole manifestement les dispositions de la Convention européenne de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales !

A gauche comme à droite, la réprobation est unanime à l’égard d’une décision perçue en Italie comme manifestement attentatoire à son identité nationale, et dont la brutalité des attendus n’est pas sans heurter profondément les consciences individuelles dans un pays fortement imprégné par l’influence, librement consentie, d’une Eglise catholique encore très présente au sein de la société transalpine.

 

Les réactions véhémentes se multiplient ; ainsi, le ministre de l’Education, Marisa Gelmini, pour qui « le crucifix est effectivement un symbole religieux, mais sa présence dans les écoles ne signifie pas une obligation d’adhérer au catholicisme. Les racines de l’Italie passent aussi par les symboles, en les supprimant on se prive d’une partie de soi-même » (La Croix, édition du 5 novembre 2009).
L’émotion et l’indignation à l’endroit de cet arrêt liberticide sont à leur comble, au point que l’Italie se décide aussitôt à saisir cette même juridiction d’un appel, non sans craindre que cette décision ne soit malheureusement confirmée dans un proche avenir.

Bien que contingente, en apparence, à la seule Italie, l’issue en cause d’appel de cette affaire aura immanquablement une portée générale sur les modes d’élaboration à venir du droit européen car, en définitive, ce contentieux fortement symbolique rend compte de l’existence de deux visions de la construction européenne, qui s’opposent radicalement :

- une construction abstraite, fondée sur des principes généraux dont le caractère éminemment imprécis a été conçu pour faciliter leur interprétation extensive par des juges qui, usant de méthodes de raisonnement mécanique, d’inspiration française, sont attachés, dans leurs finalités, à imposer uniformément leur jurisprudence prétorienne sur l’ensemble du continent européen.

- une réalisation concrète, d’essence plus anglo-saxonne, dont la démarche repose, hors de tout esprit de système, sur la prise en compte des réalités de chaque pays dont l’aboutissement est le produit des singularités historiques nationales, lesquelles dans ces conditions doivent à coup sûr primer, dans leur transposition judiciaire, sur des principes généraux à l’application trop souvent incantatoire.

Aveuglées par leur commune obsession eschatologique à construire une Europe supranationale et centralisée, les institutions européennes ne cessent, à des fins idéologiques, de manipuler ad nauseam de multiples principes abstraits pour en tirer en permanence, comme autant de coups de force, des applications nouvelles.

 

Aux avants postes de cette entreprise totalitaire, le système européiste a mis en place des juridictions qui se chargent de suppléer les carences des autres institutions du continent ou les blocages nés des humeurs des Etats, en interprétant discrétionnairement le droit européen aux dépens des compétences étatiques, de façon d’autant plus arbitraire qu’elles n’ont de comptes à rendre à personne et surtout pas auprès des peuples européens à l’égard desquels les juges qui en composent les formations ne tirent aucune légitimité élective. 

 

Dans leur attirail idéologique, nos juges européens n’ont qu’à puiser dans l’envahissant corpus juridique des textes européens, qu’il s’agisse aussi bien des très nombreux principes généraux contenus dans la Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales (CEDH) applicable au 45 pays qui en sont membres depuis la création en 1949 du Conseil de l’Europe ou dans ceux, complémentaires, figurant dans la Charte des droits fondamentaux annexée au Traité de Lisbonne appelée, avec la même force contraignante, à entrer en application le 1 décembre 2009 sur le territoire des Vingt-sept, à l’exception du Royaume-Uni et de la Pologne qui toutes deux bénéficient d’une heureuse dérogation à son application.

Nos magistrats en font d’autant plus bon usage qu’ils n‘ignorent pas, en dépit des inévitables résistances nationales, que leurs décisions ont immanquablement vocation à s’appliquer uniformément dans l’ensemble des pays européens pour mieux y façonner un paysage juridique commun.

 

Mais, dira-t-on, peut-on confondre, si ce n’est abusivement, deux systèmes juridictionnels distincts, la Cour européenne des Droits de l’Homme, institution juridictionnelle émanant du Conseil de l’Europe mise en  place en 1953 avec la Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales et la Cour de Justice européenne qui, à Luxembourg, veille au respect  des traités portant sur la Communauté européenne et l’Union européenne et à l’application de la législation européenne ?

D’une certaine manière, la réponse est affirmative : à en croire Mme Sandrine Gil, chef du bureau des questions juridiques et du contentieux au Service des Affaires Européennes et Internationales au Ministère de la Justice « il y a une convergence progressive des deux systèmes juridictionnels » car « depuis les années 70, la Cour de justice des communautés européennes (l’actuelle la Cour de Justice européenne) a fait de la convention européenne des droits de l’homme une source des droits fondamentaux dans l’ordre juridique communautaire, elle a été amenée à l’appliquer et elle n’hésite pas à faire référence à la jurisprudence » de la Cour européenne des droits de l’homme (Site internet du Ministère de la Justice et des Libertés - entretien du 26 mars 2007).

 

De cette coexistence paisible en Europe de deux systèmes parallèles « qui ont réussi à ne pas diverger» Jean-Paul Costa, actuel Président français de la Cour européenne des droits de l’homme, ne dit pas autre chose en affirmant, à l’occasion d’un colloque organisé le 10 novembre 2008 à Lisbonne (La Convention européenne des droits de l’homme, pierre angulaire de la protection des droits de l’homme en Europe), que les deux Cours « ont des échanges, assurent une veille jurisprudentielle, ont des contacts fréquents… » ; il ajoute clairement que la Cour de Luxembourg considère que les droits fondamentaux au respect desquels elle veille sur le territoire de l’Union européenne « résultent des traditions constitutionnelles communes des Etats membres et de la convention européenne des droits de l’homme, telle qu’interprétée et appliquée par la Cour de Strasbourg ».

 

Qu’importe désormais la question de la convergence de ces deux ordres juridiques distincts réalisée à l’initiative empirique des deux seules juridictions européennes !

Sur le point d’entrer en vigueur après le levée des hypothèques irlandaise et tchèque, le Traité de Lisbonne ne vient-il pas en effet d’institutionnaliser cette ‘‘passerelle’’ entre ces deux systèmes juridiques en autorisant l’adhésion de l’Union européenne à la Convention européenne des droits de l’Homme (Déclaration ad article 6, paragraphe 2, du Traité sur l’Union européenne), mécanisme qui aura pour conséquence directe et immédiate de rendre pleinement opposable aux institutions de Bruxelles la jurisprudence forgée par la Cour européenne des droits de l’Homme de Strasbourg.

A l’occasion des cérémonies du 60ème Anniversaire du Conseil de l’Europe, José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne n’a pas caché ses intentions en ce domaine en déclarant, à Strasbourg, le 1 octobre 2009, souhaiter « que notre attachement aux droits de l’homme se concrétise au plus tôt par l’adhésion, en tant que membre à part entière, à la Convention européenne des droits de l’homme » !

 

Faisant écho à cette déclaration, Pierre Lellouche, Secrétaire d’Etat français aux Affaires Européennes a exprimé à Strasbourg, au nom de la France, lors de la session parlementaire du Conseil de l’Europe du 2 octobre 2009, une volonté semblable de voir l’Union européenne adhérer à la Convention européenne des Droits de l’Homme et, le moment venu, au Conseil de l’Europe.

Au fil des décennies, le système juridictionnel européen, désormais unifié, a su ainsi progressivement se renforcer pour devenir, subrepticement, une machine de guerre d’une redoutable efficacité.

Chacun doit désormais mesurer la gravité des changements appelés à se produire en profondeur ces prochaines années dans l’ordonnancement des pouvoirs en Europe, entre une bureaucratie bruxelloise toujours plus puissante et des Etats périphériques affaiblis, progressivement appelés à se dépouiller, spontanément ou sous la contrainte, des attributs de leurs souverainetés.

Dans ce projet prométhéen bâti sur un mode supranational, la construction européenne peut s’appuyer sur des forces européistes considérables, qui se recrutent parmi des oligarchies politiques, économiques et médiatiques aux intérêts convergents.

Mais, à l’épreuve du temps, le relais qui, au fond, s’avère être le plus efficace dans l’accomplissement de cette vaste entreprise, n’est autre que l’institution judiciaire, qui est parvenue patiemment, au sein de l’Union européenne comme en celui du Conseil de l’Europe, à édifier et à harmoniser une jurisprudence conçue comme le fer de lance d’une politique méthodique de déconstruction des attributs et des compétences des Etats.

Bien évidemment, cette politique volontariste s’emploie délibérément à neutraliser les identités nationales, patiemment édifiées au fil des siècles : de ces singularités, qui aujourd’hui apparaissent anachroniques à nos idéologues européistes, il importe d’en niveler les prétentions avant que de les faire disparaître, définitivement.

Plus que toute autre institution, l’Eglise catholique commence aujourd’hui à en faire l’amère expérience, tout en redoutant désormais à l’avenir d’en faire les frais.

 

Au lendemain de deux conflits mondiaux qui ont ensanglanté l’Europe, l’Eglise catholique s’est appliqué à soutenir avec constance, dans un dessein au demeurant conforme à l’esprit évangélique qui anime l’institution romaine, un processus de construction européenne amorcé avec la signature du Traité de Rome en 1957, qui ne pouvait, à ses yeux, qu’encourager la coopération, stimuler la prospérité et favoriser le rétablissement d’une paix entre des nations autrefois ennemies.

Réalisée durant la période comprise entre le pontificat de Pie XII et celui de Benoît XVI, la construction bureaucratique qui est à l’œuvre à Bruxelles depuis plus de cinquante ans est, au vrai, tout sauf conforme au projet européen de l’Eglise catholique.

Après avoir refusé d’incorporer dans son préambule le pourtant salutaire rappel aux racines chrétiennes de l’Europe, le Traité de Lisbonne, fidèle en cela à la défunte constitution Giscard, s’apprête à installer au forceps à Bruxelles des institutions dont le fonctionnement rigide, sur un mode centralisateur, est parfaitement étranger aux vertus d’une sage régulation conforme au principe chrétien de subsidiarité depuis toujours prôné par la Doctrine Sociale de l’Eglise.

« Cette Europe ne sait que défendre les courges d’Halloween » s’est écrié le Secrétaire d’Etat du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone, en apprenant avec indignation la position des juges de Strasbourg dans l’affaire du crucifix, qui est vécue au sein de l’Eglise catholique comme une douloureuse trahison.

 

« Cette sentence nous laisse sans voix. Nous ne parvenons pas à nous l’expliquer » ajoute le cardinal Giovanni Battista Ré, Préfet de la Congrégation des évêques, qui reproche à la Cour européenne des droits de l’homme de ne pas avoir reconnu dans le crucifix « un symbole universel des valeurs qui constituent le fondement de notre identité chrétienne » (Le Figaro, édition du 6 novembre 2009).

Pour l’Eglise catholique, comme pour les nations qui composent une Union européenne qui dévoile peu à peu son vrai visage, le temps des dures réalités est venu.

 

Dans sa fuite permanente vers un élargissement sans fin, privée de tout horizon et de tout repère, l’Europe bruxelloise se construit laborieusement, dans le mépris des peuples, un avenir indécis et insipide qui tourne délibérément le dos aux racines essentiellement chrétiennes du continent européen, refusant par la même de faire siennes les valeurs séculaires qui en découlent.
 
Ne voit-t-on pas que cette Europe sécularisée et désincarnée, en vérité, ne s’appartient plus, ce qui la condamne dès lors à se réfugier, dans un réflexe suicidaire, dans une idéologie mondialiste impuissante qui repose plus que jamais, au plan économique, sur une foi irraisonnée dans le libre-échange et, dans le registre politique, dans le culte de l’individualisme et la promotion d’un laïcisme frelaté ?

De cet univers mortifère, qui refuse de mettre l’Homme au cœur de ses préoccupations, l’Eglise catholique ne saurait y trouver son compte !

Prenant acte de ces évolutions profondes, le magistère de l’Eglise catholique ne peut, lucidement, que rejoindre demain la voix de ceux qui, parmi les peuples, s’appliquent, pour la survie des identités nationales, à combattre le système mondialiste et son actuel appendice européen, à rebours de la puissante idéologie dominante qui fossilise tant les esprits.

De ce point de vue, la mésaventure italienne doit, en France, contribuer à éveiller les consciences sur les réalités souterraines d’une construction européenne condamnée pour l’heure à demeurer dans l’impasse.

Karim Ouchikh

17.11.2009

Identité nationale: c'est foutu!

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07.11.2009

La HALDE face à l'identité nationale ...

 

La Halde ? Supprimez-la !

 

Communiqué de presse de Jean-Marie LE PEN

Les députés Mallié et Briand prétendaient qu’ils voulaient réduire de 20 % le train de vie du commissariat central de la police de la pensée, dénommé Halde. Mais voici qu’en commission, ils ont seulement demandé de réduire son pharaonique budget de 12,9 à 11,9 millions d’euros.

Les interventions de la Halde sont fondées sur les idéologies du refus des réalités nationales, familiales et sociales. Si le ridicule tuait, elle serait déjà morte, quand elle nous a expliqué que « Mignonne allons voir si la rose » discrimine le troisième âge ou qu’il est scandaleux qu’on ne voie pas d’homosexuels dans les livres de mathématique.

Au moment où se tient un débat sur l’identité nationale, c’est le moment, non pas de faire semblant de diminuer le budget de la Halde, mais de supprimer cet organisme qui travaille en permanence à saper les fondements mêmes de l’identité française.

 

 

 

31.10.2009

Quand on veut tuer un peuple, on le prive de sa langue...

 

Notes sur Orthographe et Langue française


« L'argument de François de Closets sur les treize graphies du son “o” est aberrant,. L'écrit sert à préciser l'oral. Si l'on écrivait “o” partout, on ne comprendrait plus rien, les textes ressembleraient à un sketch de Raymond Devos. »
Agnès Joste professeur de lettres

L’ami Guy – l’un des plus fidèles des lecteurs des Cahiers Bleus – me téléphone en étouffant de rage contre François de Closets (ce journaliste ne fait pas partie, de près ou de loin, de mon petit royaume) : à propos d’un ouvrage où il prétend doctoralement « qu’il faut simplifier l’orthographe » ! Titre impensable : « Zéro faute » ! Ce n’est pas l’idée d’une petite dose de simplification qui me gêne, c’est le fait qu’en France les réformateurs ont toujours tendance à vouloir plutôt le chamboulement, à couper les têtes, fût-elle celle du roi… Et la simplification prônée par Zéro faute (titre stupide) ressemble plus à une dévastation qu’à un toilettage raisonné.
Il a découvert cela dans le Figaro d’il y a quelques jours : je lui dit que moi aussi, car je reçois la version que ce journal distribué sur la Toile. J’ai d’ailleurs saisi ce qu’en écrit le journaliste – qui rend compte de « l’essai » de « l’essayiste François de Closets » qui « part en guerre contre une langue “figée” et des règles arbitraires. Au risque de jouer les apprentis sorciers alors que le niveau des élèves s'effondre et que le français finit par perdre son sens. » (Il ne le « perd » que chez ceux qui ne l’on jamais su…)

Il ajoute : « L'orthographe serait une passion française. Et voilà qu'en cette rentrée 2009, le livre de François de Closets, Zéro Faute, relance la polémique. Le journaliste et essayiste s'y proclame nul en orthographe et rescapé miraculeux d'une sélection injuste. Il plaide à grand renfort médiatique pour une “simplification” de cette orthographe française, selon lui à la fois arbitraire et figée. » Arbitraire et figée…, prétend-il : qu’il en cherche les causes en remontant quelques années en arrière, il découvrirait qu’elles ont des origines bien différente de l’unique qu’il prétend. (Arbitraire : toute langue l’est, car il faut bien que quelqu’un décide, et ici différents membres du peuple français, de tout bord… Certes, M. de Closets pense qu’il s’agit de l’arbitraire fait du prince : mais le peuple n’est-il pas roi ? Je préfère l’arbitraire du peuple à celui de M. de Closets ! Enfin, par nécessité absolue, les éléments qui permettent à la langue d’être transmise autrement que par la voix – soit les signes servant à cette transmission – ne peuvent être qu’arbitraires, c’est-à-dire dépendants de décisions humaines ou de faits non « naturels ».)

Françoise Candelier, institutrice, riposte : « On en est encore là ! Le problème est toujours posé à l'envers. »
Je vais, pour moi-même, vider sur la table ma boîte fourre-tout, où sont jetés pêle-mêle les arguments les plus variés : si cela déplaît, nul ne sera contraint d’en avaler le contenu.

Guy m’apprend que François de Closets aurait dû tourner ses regards vers l'Allemagne où de doux dingues l’avaient devancé depuis longtemps, presque avec succès en ce sens que les autorités les avaient écoutés ; il a fallu bien vite faire machine arrière et renoncer à cette réforme : les Allemands n’entendaient plus rien à ce qu’écrivaient leurs journaux.

L’essayiste, dans son « Zéro faute », repère treize façons différentes d’écrire le son « O »… En voilà une science qui m’intimide : je tente de les aligner sur un papier mais en vain : O, ô, au, aulx, eau, zoo, faux… Qu’un ami me dépanne… Il est vrai que je suis nul au jeu de « scrabble », un mot qui me paraît paré d’un blaze artificiel… Devrais-je dire, désormais, que « je vé chérché des os » ou « de l’o » ou que « je tiens une pomme dans ma pomme » ou que « la tache du teinturier est d’oter les taches » ?…

Simplifier… Je vois que ce livre s’en prend aux accents : qui contribuent notablement à établir le clavier de la langue – son piano ! Sans accents, on part à l’aveuglette pour finir par se livrer à l’arbitraire de ce qui est sans règle. La musique si délicate de notre langue disparaît.
Le Figaro croit que la tentative de l'Académie française de 1990 – elle portait notamment sur la ponctuation et les accents circonflexes – avait « suscité un tollé qu'elle ne méritait pas » !. Toujours cette manie de ménager la chèvre et le chou : ici de Closets, l’Académie et le lecteur : ce dernier, on ne sait pas de quel bord il est !
J’aime l’accent circonflexe et je ne tenais pas du tout à ce qu’on me le supprime. Serait-ce en effet que le troisième accent n’induirait plus un son différent de l’aigu et du grave ? Grève et grêle se prononcerait donc de la même façon ? Mes élèves – les bons – finissaient par distinguer parfaitement entre les trois accents « é, è, ê », le é s’obtenant en élargissant horizontalement la bouche, le è en l’étirant verticalement et le ê en abaissant le menton… Ainsi la forêt ne se confond plus avec le foret avec lequel on aura foré un trou…

 

Un autre ami, Christian, attire mon attention sur les liaisons de plus en plus fantaisistes que s’autorisent les gens de radio : « cent zeuros », par exemple…, « huit zavions »… J’en ai entendu de tout à fait extraordinaires, mais je ne m’en souviens plus. S’il fallait mémoriser toutes les sottises de nos microteurs (néologisme de Pierre Béarn, qui n’était pas dans son langage aussi figé que M. de Closets nous dépeint), il me faudrait quatre cerveaux…

 

Mais, insiste le mousquetaire des nuls, « l'orthographe française est arbitraire », mot expliqué plus haut et argument sans cesse brandi par les ignorants alors qu’il ne s’agit que d’un vieux poncif : pas une seule fois il ne pense qu’autrefois les gens les plus humbles parvenaient à apprendre leur langue presqu’à la perfection. Quel était leur secret ? L’attention, le désir et l’effort. M. de Closets les a-t-il consentis ?

Rachel Boutonnet, institutrice et auteur de « Pourquoi et comment j'enseigne le b.a.-ba », s’insurge : « Elle l'est beaucoup moins qu'on ne l'imagine. Nombre de règles, si elles ne sont jamais explicitées, n'en existent pas moins. Il faut le prendre comme un jeu dont on apprend peu à peu les subtilités. » Excellente suggestion : si l’on peut inventer des jeux, avec récompenses et gages pour que ces subtilités finissent pas convertir les esprits les plus obtus, allons sans hésiter sur ce terrain.

Mais ce contre quoi « Zéro faute » ne part pas en guerre est pourtant profondément révoltant : l’immense « masse » des enseignants semble accepter l’état de catastrophe dans lequel se trouve toute cette jeunesse pourtant passée par leurs mains et donc le peuple français en devenir : déjà, nombre de ceux qui composent les « élites » dans le commerce et l’industrie sont à faire descendre dans la case du dessous, celle des demi-illettrés.
Une dictée de référence est chaque année soumise à 1.348 élèves du brevet de 1988 par l’association « Sauver les Lettres » ; elle constitue une sorte de baromètre éloquent. La descente en enfer s’accentue chaque année, et seulement 14% de ces élèves obtiennent la moyenne, et plus de 60% se voient infliger un zéro pointé.

Mais puisque l’on fait faire des dictées pour vérifier l’ignorance, que n’en fait-on faire pour l’éliminer ? Comme autrefois, mon bon monsieur ? Mais autrefois c’est fini, nous avons évolué. J’aurais préféré que l’on me dire : nous avons progressé, cela serait encore plus risible.
Autrefois et par exemple, les médias employaient des correcteurs : ils exerçaient un métier difficile, aujourd’hui menacé, d’une façon remarquable. « Lettre(s) », bulletin d’avril 2009 de l’Asselaf (association pour la sauvegarde et l’expansion de la langue française), donne à lire un excellent hommage « aux correcteurs, secouristes de la langue ».

Je reviens à mon mouton noir. L’Institution nationale responsable de cet « état de désastre » a choisi la fuite en avant plutôt que de reconnaître ses torts, ce qui l’aurait grandie alors qu’elle sort grotesque de sa rigidité cadavérique : les correcteurs du baccalauréat ont interdiction de retirer plus de deux points pour l’orthographe, une orthographe qu’ils avaient en quelque sorte interdiction d’enseigner.
Peut-être au nom de la sacro-sainte découverte pédagogique que « les enfants peuvent découvrir par eux-mêmes ce qu’ils ne savent pas » ?… Quel merveilleux pays pourrait être le nôtre s’il n’était pas livré régulièrement aux hordes des suffisants et des apprentis sorciers…

Ces gens n’ont pourtant d’autres droits que de servir la langue héritée et à transmettre alors qu’ils se permettent d’en provoquer la décadence. M. de Closets peut être heureux, l’orthographe est simplifiée d’office, puisque purement et simplement laissée au libre choix des cancres : leur nombre grandit chaque année et devient submergeant….

Certes, un vrai complot contre notre langue semble mené par les hauts fonctionnaires de l’Éducation dite nationale avec l’aide des services du ministère dont elle relève et la compromission des grandes entreprises comme Gemplus et France Télécom, sans exonérer Renault ou nos radieuses chaînes de télévision : en effet, 2.000 heures de cours de français sont proposées aux élèves d’aujourd’hui pour l’ensemble de leur scolarité, soit 800 de moins qu’en 1995, alors que cela faisait un temps certain que l’on avait déjà commencé à rouler dans l’abîme…

Réformer l'orthographe – s’il s’agit de toucher à la syntaxe et à la grammaire – est à la fois une vue de l’esprit tenant de l’illusion et un attentat contre la langue, cette langue qui peut être ou bien un atout merveilleux – quel que soit le métier ou la profession que l’on désire exercer – dans la mesure où la compétence linguistique revendiquée est correctement possédée, ou bien une invalidité qui peut plonger les victimes dans des embarras infernaux si elle n’est plus qu’un magma de sons incohérents, ce qu’elle devient pour un plus grand nombre de jeunes chaque année.

Pour moi, avoir laissé des irresponsables tout chambouler dès le début des années 80 en prenant l’ensemble des jeunes comme cobayes ce n’est rien de plus et rien de moins qu’un crime. Un crime contre le peuple français, qui n’est la propriété de personne. L’enseignement de la langue ne relève pas d’une idéologie, c’est une pratique. Tant que les enseignants n’ont eu que des consignes pratiques, concrètes, simples, directement inspirées d’une expérience séculaire, tout allait bien et même les cancres finissaient par apprendre le minimum vital. Aujourd’hui même l’élite devient arriérée.

Marie-Pierre Logelin enseigne le français en lycée professionnel. «Pour 99,9 % d'entre eux, explique-t-elle, mes élèves n'ont pas la moindre orthographe. Pas de syntaxe, pas de ponctuation. Quand ils écrivent sous la dictée, ils transcrivent du son et pas du sens. Ils n'identifient pas les familles de mots, ni leur nature. Le problème relève de l'apprentissage de l'écriture. Ils peuvent par exemple écrire le même mot de deux façons différentes à une ligne d'intervalle, ce qui dénote une indifférence totale vis-à-vis de la norme.»

Dans mon enfance, j’avais chaque jour une liste de mots à apprendre par cœur : ils étaient naturellement bien orthographiés. Donc les apprenant, c’est-à-dire me constituant un trésor où puiser incessamment, j’apprenais en même temps leur orthographe. Depuis, des professeurs ont mis en lumière les fondamentaux traditionnels de notre orthographe : ils l’ont fait pour leur plaisir puisque il n’est toujours pas prévu, trente années plus tard, par les « pédagogistes » de la Rue de Grenelle d’enseigner ces mises au point. Quand on veut tuer un peuple, on le prive de sa langue : est-ce bien aux autorités de notre pays de laisser faire ce jeu de massacre plus longtemps?

M. de Closets s’émeut des jeunes laissés sur le carreau à cause de l’orthographe : jurant ses grands dieux qu’il est anormal de rejeter des CV truffés de fautes ! Ce qu’il aurait mieux fait de dire aux jeunes hommes cherchant du travail, ce n’est pas de se satisfaire de leur médiocrité mais d’essayer à tout prix d’en sortir et non de plonger un plus grand nombre encore dans le même marécage. Leur expliquer que s’ils veulent être pris au sérieux, qu’ils commencent par démontrer qu’ils ont su, étant enfants, faire les efforts nécessaires pour acquérir dans sa perfection l’outil d’expression et de relation qu’est la langue au lieu de leur promettre qu’on va enfin la mettre à leur niveau de nullité. Et que s’ils n’ont pu se réformer dans leur jeunesse, qu’ils s’y essayent d’urgence alors qu’ils sont aux portes de l’âge adulte.

Il faut que tous ces jeunes sachent que, plus les postes s’élèvent dans la hiérarchie, plus augmente le niveau d'exigence : ce qui est la moindre des choses. Je m’afflige assez souvent d’entendre trop de nos hommes politiques ne s’exprimer que dans une langue approximative pour ne pas applaudir ceux qui font l’effort de respecter en ses mots le peuple qui les a élus.

La baisse du niveau en français des salariés, on ne peut que la constater : elle est la suite logique de l’affaiblissement régulier de ce niveau dans les écoles depuis longtemps. Que les recruteurs et les employeurs soient exaspérés ou qu’ils finissent par démissionner qui ne le comprendrait ?
Les lettres de motivation deviennent des anthologies d’erreurs : comment juger d’après elles de la valeur d’un candidat ?

« Si je traquais toutes les fautes, je ne recruterais plus grand monde», s’excuse le patron d'une petite société d'informatique lyonnaise : il précise tout de même que sont écartées d'office les lettres de motivation comprenant trop d’erreurs... « Si la candidature proposée me semble sérieuse, je ne vais pas la rejeter parce que j'ai relevé trois fautes. Le fond prime sur la forme. » Pourquoi pas ? Tout dépend de l’importance du poste proposé : « Si l'employé doit beaucoup écrire, s’il doit être souvent en contact avec des clients, on sera plus exigeant. Entre un carrossier et une secrétaire il va de soi qu’on traquera l’orthographe défaillante chez elle et non chez lui… », explique-t-on chez Manpower. Mais chez Latac-Solerim, à Paris, on se montre très strict : « Une ou deux fautes, on passe, mais pas une de plus ».

Une orthographe déplorable est rédhibitoire lorsqu’il s’agit de recruter des éléments de haut niveau. Des responsables de recrutement se disent « effarés par le niveau d'orthographe de certaines candidatures ». Un candidat qui donne un bon CV avec les compétences attendues mais lui adjoint une lettre avec des fautes, ne sera pas retenu.

Ces quelques exemples démontrent que les milieux professionnels ne sont pas prêts à admettre le laisser aller en cette matière : ils savent que l’image de marque de leur entreprise en dépend.

Il est un point sur lequel il faut se montrer intransigeant et revenir à une grammaire enseignée avec plus de simplicité mais surtout une plus grande rigueur.
Exemple avec une question posée en CM2 : « Qu'est-ce qu'un déterminant ? » Voici la bonne réponse attendue de l’élève : « En grammaire, un déterminant est un mot-outil variable dont la fonction syntaxique est d'actualiser le nom en indiquant, le cas échéant, un certain nombre de précisions concernant ce- lui-ci : genre, nombre, personne, etc.. Le déterminant transforme le nom dont il est l'un des satellites, en un syntagme nominal. » (1)

Cet infernal et pédant verbiage pour parler de nos articles d’autrefois… Alors, voilà un premier chantier de simplification à lancer d’urgence : il sera facile à mener, il suffira de reprendre de bonnes vieilles grammaires dont l’étude fit progresser merveilleusement des dizaines de millions d’élèves. Et pour les plus grands, revenir à Grévisse, pour complément de formation.
« Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement Et les mots pour le dire arrivent aisément. » Boileau

La grammaire, bien commun de tous les Français, ne saurait être laissée en déshérence : aux héritiers de la réclamer. La pensée ne saurait être livrée aux jachères du désordre linguistique instauré depuis vingt ans, au plus grand désespoir de nombre d’enseignants, obligés d’agir en clandestins afin que leurs élèves ne finissent pas leur vie idiots ou à bronzer ridiculement au soleil de l’ignorance.

Penser, s’exprimer exige la possession des outils de la précision : notre grammaire les donne, encore faut-il qu’elle ne soit pas adultérée par des trafiquants idéologisés.

Une remarque en passant : le copinage trop assidu avec une langue anglaise de bas niveau, sorte de sabir international propre aux multinationales, ne peut qu’approfondir le fossé, et rendre plus obscure encore cette langue défaite qui a été enseignée selon de nouvelles méthodes où le pédantisme le dispute à l’inefficacité. On a voulu – comme on continue de le vouloir – faire du peuple français un peuple bilingue : on est en train d’en faire un peuple « alingue », qui bredouillera au lieu de s’exprimer : pour un grand nombre d’enfants, leur faire apprendre tout petits deux langues aussi contradictoires que le français et l’anglais, c’est engendrer inévitablement un état permanent de confusion. Beau progrès, en même temps que c’est soumettre le peuple de France à une dépendance linguistique qui n’est pas naturelle.

Or, seul 10 à 15% de la population se sert réellement de l’anglais pour travailler : c‘est donc un terrifiant marché de dupes qui a été passé avec on ne sait qui, peut-être l’Oncle Sam…

 

Pendant ce temps et corrélativement les autres langues européennes, devenues servants de l’anglo-américaine, sont en train de vivre une lente agonie.

Le nombre des « franglaiseries » imposées par une mode iconoclaste et soutenue par des vendus est un autre baromètre des plus significatif : il a au moins triplé par rapport au lexique – non exhaustif – que j’en avais établi en 1984 pour mon bouquin « Langue française à l’épreuve » et qui regroupait pourtant plus de trois cents mots, contre lesquels je proposais, bien naïvement des équivalents français..

Si on compare ces données au nombre de mots français que possèdent la plupart des jeunes au sortir du lycée – autour de 1200 – on ne peut manquer d’en tirer des conclusions alarmantes. Est-ce que notre actuel ministre de l’Éducation nationale s’en émeut vraiment ?

« Accorder des participes, conjuguer correctement un verbe sont des processus fondamentaux. Ils donnent à voir que tel verbe va avec tel sujet, que c'est bien celui-ci qui agit et non un autre, qu'un pronom est d'un genre particulier parce qu'il se rapporte à tel nom, que « laquelle » renvoie à Sophie et non à « Pierre ». Celui qui ne maîtrise pas ça ne parvient pas à structurer le monde et ses catégories. Ce qui transparaît à travers l'orthographe grammaticale est la clarté de la pensée. On ne simplifie pas la puissance de la pensée mise en mots », écrit Alain Bentolila, qui ajoute :

 

François de Closets croit que l’on favoriserait les indoués, les sans mémoire, les nuls ou les cancres en abattant les barrières que représentent les règles et les exceptions, que l’on nomme souvent aberrations : sans comprendre que si sa « réforme » était appliquée, les millions et millions de livres publiés depuis l’imprimerie, mais surtout depuis deux siècles deviendraient aussitôt illisibles pour tous ceux qui n’apprendraient par la suite que cette orthographe décomposée…

Il n’y a évidemment aucune injustice à respecter ce qui est, ici la langue : ce qui constitue une vraie injustice, c’est de l’enseigner mal, ou plutôt de participer à a destruction.

Dépenser ce qui le fut depuis tant d’années – tant de milliards qui s’évaluent en centaines de milliards de francs et d’euros tirés naturellement et directement de la poche des citoyens – et si formidablement en vain, pour aboutir au fait qu’un tiers de notre jeunesse peut être dite analphabète, voilà le scandale et la calamité, voilà l’injustice insondable, et elle est générale : ces sommes ont été volées aux Français, elles furent d’abord le fruit de leur efforts, de leur travaux : ils pensaient naïvement que leurs enfants sortiraient des écoles plus instruits qu’eux et ils constatent qu’on les a poussés dans l’impasse d’une langue abîmée, livrée aux délires des pédagogistes autant que des anglomaniaques, qu’on a fait main basse sur leur avenir, c’est-à-dire de notre peuple, puisqu’ils en sont les héritiers. Au vrai, on en a profité pour passer la notion de peuple au compte des pertes au bénéfice des citoyens du monde.

L’orthographe peut supporter quelques toilettages légers, mais le traitement de cheval que voudrait lui infliger M. de Closets serait un désastre incommensurable. Faire que la graphie des mots représente exactement les sons signifiés est un pur fantasme ! L’orthographe s’en approche mais ne peut y parvenir totalement parce qu’elle a une autre mission, qui est d’être la représentation de la langue dans l’imaginaire du peuple dont elle est la création. En somme son image intériorisée.

Si l’on cherchait à transcrire le français à partir du seul alphabet phonétique international, on aboutirait en réalité à une cacophonie incompréhensible et à une image symbolique désastreuse.

L’orthographe arbitraire si ridiculement dénoncée par François de Closets, elle est celle qu’ont mise au point les siècles – arbitrairement cela va de soi puisqu’il n’y a pas moyen de faire autrement, il ne s’agit pas ici d’un instinct : comme devenue ainsi le symbole de notre langue. Une image sensible que la réforme proposée travestirait de fond en comble au point que chacun serait perdu comme le furent les parents lorsque l’on adopta les prétendues « nouvelles mathématiques », dont on sait que les inspirateurs furent des pédagogues marxistes qui n’avaient pas oublié le premier congrès du Parti communiste juste après la guerre et où il avait été décidé qu’il fallait, pour réussir à prendre le pouvoir, comme cela s’envisageait très sérieusement alors, « séparer les enfants de leurs parents » : les générations devaient être coupées les unes des autres, et le moyen le plus efficace passait par la conquête de l’Instruction publique.

Je sais qu’il est malséant de rappeler ce genre de faits, mais ils sont ! Nous avons été les victimes si longtemps de l’imposture, à ce point encagés au sein d’une dictature culturelle organisée par ceux qui se présentaient comme l’élite intellectuelle de la nation, toutes têtes tournées vers Moscou, qu’il nous est toujours difficile de reconnaître combien nous avons été soumis et mis de côté, au bénéfice naturellement de ceux qui sont toujours prêts à loucher vers les marches du pouvoir. C’était évidemment au nom de la « lutte contre le fascisme » alors en permanence alléguée, mais des écrivains, des artistes, des enseignants dits de droite étaient tous écrasés sous l’étiquette arbitraire, celle là relevant de l’autre signification du mot ; et tenus, leur carrière brisée, sous la botte des vrais fascistes, ceux qui criaient au loup pour mieux apparaître comme de doux agneaux.

On me dira que je vais chercher bien loin : mais c’est que les causes sont lointaines et si l’on découvre l’ampleur des résistances dans ce bastion d’une gauche pure et dure qu’est la Rue de Grenelle, c’est en recherchant loin en amont que l’on peut les comprendre. Il est toujours extrêmement difficile de renoncer à des idéaux de jeunesse qui servaient alors de divinités temporelles…

Car il ne s’agit pas que de savoir si tel mot comporte ou non deux « ennes », deux « èles », deux « pés » ou deux « esses » ! Il s’agit d’apprendre « rationnellement » une orthographe fondée sur des raisons logiques, que des « exceptions » viennent à la fois perturber et vivifier. Rien ne serait plus rébarbatif – de figé pour le coup – qu’une langue droite dans les bottes de la seule logique.

Ce qui est également en cause, c’est la remise à l’honneur de l'orthographe grammaticale, qui désigne les accords de genre et de nombre, les conjugaisons… Or c'est bien cette dernière qui fait défaut à une part croissante de la population. Que de fois l’on a pu entendre ironiser sur les accords de participes passés : mais à seulement écouter tel ou tel beau parleur de la télévision, on s’aperçoit en très peu de mots s’il connaît ou non les règles de la langue qui lui sert d’outil et même s’il sait écrire ou non. Vous n’accepteriez pas, M. de Closets, d’un plombier venant chez vous réparer vos installations qu’il ne connaisse pas parfaitement son métier : nous autres Français n’avons pas à accepter de ceux qui usent de notre langue pour gagner leur pain qu’ils la massacrent tout en réclamant qu’elle le soit davantage encore.

 

« Ce débat sur la complexité de la langue tombe à point nommé pour nous rassurer, ironise Françoise Candelier, pour nous persuader que le défaut de maîtrise de la langue qui frappe nos jeunes n'est dû qu'à la complexité du français. Mais comment expliquer, alors, que cela s'aggrave depuis quelques années ?»

« Si discrimination il y a, elle n'est pas le fait de la langue, plaident les professeurs, mais des programmes qui, jusqu'en 2007, demandaient d’« observer les variations des verbes selon la personne », mais pas d'apprendre les conjugaisons ! », précise le Figaro. Mais si l’on enseigne, il faut résister aux ordres imbéciles, en se regroupant pour faire pression et désarmer ainsi les velléités de ceux qui brandissent le bâton, ce qui se pratique avec une rare élégance en ladite Éducation nationale.

Les conjugaisons… quelles merveilles de précisions, de nuances, ne nous réservent-elles pas quand on accepte de s’en tenir à leurs exigences sans vouloir leur imposer nos élucubrations ! Et que de confusions quand on les néglige ! Il n’y a pas de modes inutiles, et les journalistes qui renâclent à user du subjonctif sont des imbéciles à recycler car la nuance introduite par ce mode est essentielle. (On devrait distribuer gratuitement à tous les élèves un exemplaire du Nouveau Bescherelle… et leur apprendre à s’en servir.)

Les amateurs de simplification ne savent pas ce qu’ils font parce qu’il leur manque une faculté de l’esprit qui est capitale, le discernement. J’en donne un exemple presque simpliste mais éloquent. L’essayiste de Zéro faute cite le cas, déjà évoqué, du son « o », découvrant que nous avons plusieurs façons de l’écrire : il préconise de n’en avoir plus qu’une, oubliant déjà qu’il y a deux types de son O, celui qui se prononce la bouche légèrement ouverte et l’autre la bouche un peu resserrée… soit le « O » de la pomme et le « Ô » de la paume…

Quand j’enseignais la diction poétique, discipline que j’aimais d’amour, je tentais de rendre mes élèves sensibles à ce que je nommais le clavier de la langue, à sa musique donc puisqu’elle dépend de ce « clavier » : sans doute pour rendre facilement intelligible ce qui était dit, mais aussi pour jouir des qualités extraordinaires du français, si mesuré, si harmonieux quoique capable d’orages autant que des plus sublimes tendresses. Lors des récitals de poésie que j’ai pu faire en Allemagne, je demandais à mes auditeurs d’écouter autant la musique que le sens : j’ai eu des témoignages des plus émouvants à cet égard. Ainsi, à la fin d’un étonnant petit déjeuner en poèmes à l’Hôtel Raphaël, de Paris, je reçus à la fin une Allemande fort distinguée qui tenait à me dire ceci : « Je suis en France depuis deux ans. Mes amis, lorsque j’ai quitté mon pays, me conseillèrent de lire des romans, des nouvelles, des essais, mais pas de poèmes car le français, à leur sens, était inapte à la poésie. Vous venez, Monsieur, de me démontrer par l’exemple que j’ai perdu deux ans. »

Donc et d’abord l’apprentissage du clavier en s’appuyant sur les quelques 27 sons que je faisais littéralement découvrir à mes élèves puisqu’ils se contentaient en général de beaucoup moins… Ils avaient été en somme les victimes d’une « simplification » subreptice… Le plus souvent, au lieu des trois accents sur les e, ils n’usaient que de l’aigu et du grave, oublieux du profond circonflexe que M. de Closets voudrait supprimer. Aucune distinction entre « tache » et « tâche » (…à l’imitation les méridionaux qui n’en font pas entre « pomme » et « paume »…) toutes choses qui, entre parenthèses, ne me donnaient pas une opinion très favorable de l’enseignement du français dans les écoles de ma ville…
Il est vrai que de 1975 à 2003 j’ai assisté à une lente et navrante érosion de cette qualité : le signe le plus net en était la pauvreté du vocabulaire qui, de presque suffisant, sombrait peu à peu dans une misère qui à la fin rendait mon travail de plus en plus difficile. Ainsi, les bacheliers finissaient par ne plus posséder que quelques centaines de mots alors qu’il leur en aurait fallu plusieurs milliers !

Il m’arrivait de dire à ces jeunes gens : « Si vous ne comprenez pas tel ou tel mot dans mes topos, interrogez-moi ! » ; peu après, ayant volontairement usé d’un terme inhabituel, je m’arrêtais pour les féliciter puisque apparemment ils l’avaient tous compris… mais souvent, trop, il n’y en avait pas un seul à en connaître la signification… Ainsi me laissaient-ils leur expliquer des notions importantes pour l’art qu’ils voulaient pratiquer alors qu’ils ne me comprenaient pas faute d’un vocabulaire assez riche, faute également de développer une curiosité intellectuelle aiguisée. Cette dernière d’ailleurs ne va pas sans un bon lexique personnel.

L’argument principal de ce Monsieur de Closets est enfantin : puisqu’il existe en France un pourcentage très élevé de jeunes à l’orthographe catastrophique – deux à trois fautes par ligne d’une courte dictée ! – il faut rendre cette orthographe accessible aux nuls, dont il faisait partie quand il était jeune et continue d’en être. Est-ce une vengeance qu’il assouvit enfin ? Ce serait si bon d’être entouré d’une multitude de cancres qui ne le seraient plus puisque l’orthographe aurait été abolie : vive alors le « zéro faute », signe triomphal de la médiocrité érigée en déesse. Puisque l’air des villes est irrespirable, supprimons l’air !

 

Victor Hugo déjà fustigeait ce projet à la tribune du Sénat. « Ecrivez-moi phonétiquement : “Il est énormément bête”, et vous verrez les contresens. »

Comment peut-on simplifier, dit François de Closets ? Notamment en supprimant toutes les exceptions ; en adoptant une seule graphie par son ; en supprimant les doubles consonnes – qui pourtant dans de très nombreux cas engendre un son différent (2), d’où une musicalité appauvrie ; en éliminant les bizarreries comme le « ph » qui se remplacerait si aisément par une « effe » ! Etc.. Je le redis, c’est la vision de la langue, son image mentale qui serait atteinte, une des composantes même de l’amour que l’on peut lui porter. Qui est un amour de même sorte que celui porté à un être vivant et qui donc a besoin de signes. (Et si le nez de votre aimée n’est pas beau, coupez-le lui !)

J’aurais applaudi des deux mains si François de Closets avait proposé que soit, non simplifié, mais par exemple francisé le langage des activités scientifiques, technologiques ou encore des activités sportives : particulièrement ce dernier si complaisamment livré au snobisme des anglomanes, à la nomenclature anglo-saxonne au point que les Français qui inventent des nouveaux sports leur donnent des noms fabriqués de toute pièce avec des mots anglais… Domaine le plus souvent du n’importe quoi, admirablement assimilé par nos gros médias qui n’y voient jamais une indécence vis-à-vis de notre langue.
Autre exemple : les États-uniens nous imposent leur loi sur la Toile, prétextant qu’ils l’ont inventée, ce qui est faux. Il s’agit d’une invention de l’Armée française dont ils ont vu l’intérêt mieux que nous… Bref ils nous imposent leur orthographe sans accents et sans majuscules pour nos adels (3), si bien que nombre de petits Français se mettent à penser qu’accents et majuscules peuvent être rejetés au plus lointain passé. Voilà qui serait, non pas une simplification, mais une récupération bien utile…
En pensant plus intensément à des pratiques déplorables, il me semble qu’il serait parfois utile de faire faire aux élèves des exercices de « èsè-messes » à restituer en bon français…

Langue de l’ordinateur… elle aussi contaminée.

Ce n’est pas l’outil technique qui doit imposer ses lacunes, mais aux technologues à mieux concevoir leurs machines pour que leur fonctionnement ne vienne pas perturber le sain usage de la langue… Affaire de politique nationale, certes : en ces temps où la « fabrication » artificielle d’un État européen pompe littéralement tout ce qui fonde notre souveraineté et fait de ce qui est l’apanage naturel de notre peuple (4) une peau de chagrin, conserver la main sur notre langue devrait apparaître à notre Président comme à l’ensemble de nos élus comme une exclusivité primordiale et intouchable ! Mais nos politiques ayant tout abdiqué, et même cela sur quoi ils n’avaient aucun droit, comment leur faire confiance ?

Constatation affligée : on entend de beaux discours sur le français, mais nos investissements pour le promouvoir à l’échelon international diminuent chaque année… alors qu’ils augmentent chez les états-uniens… qui savent pertinemment que toute somme investie pour promouvoir sa langue et pour, parallèlement, nuire à celles des autres – en l’occurrence ce fut et reste le cas pour le français en Afrique noire – ne peut être que rentable à plus ou moins long terme. Jouer à l’ange dans cette affaire c’est d’emblée se condamner.

Le thème de la simplification a sorti quantité de gens de leur torpeur d’après rentrée. Je pensais aborder la question de savoir ce que l’on pourrait ainsi « simplifier » : en commençant par les « pés ». Bien des doubles « pés » ne se justifient pas, mais à la vérité, une fois connue les exceptions qui n’en prennent qu’un, pourquoi changer ? Je crains que les objections ne soient toujours aussi pertinentes que les motifs d’agir…

Que d’horreurs ! Inutile de dresser une liste, chaque lecteur peut s’en constituer une comme j‘avais moi-même établi mon « lexique de franglaiseries » à la fin de mon livre déjà cité « Langue française à l’épreuve »… si toutefois ces quelques réflexions ont le bonheur de tomber sur des inconscients de mon espèce ; il suffit pour cela de faire le relevé des inscriptions portées sur les appareils électroménagers ou informatiques qui ont envahi chaque pièce de nos maisons : toutes les indications sont abusivement inscrites en anglais, ce qui montre à quel point les multinationales qui les fabriquent, d’où qu’elles soient et même de France n’ont qu’une patrie, le FRIC, et le FRIC n’a qu’un langage, celui de Wall Street…

 

Elles le prennent sans vergogne après nous avoir blessés dans notre amour ! Nos lois permettraient sans problème d’exiger que tous produits étrangers vendus en France portent des inscriptions en la langue des acheteurs français : on est si loin de les faire respecter que l’on voit des produits français vendus en anglais…

Mépris, ai-je parlé de mépris ? Il s’agit de bien pire, d’une guerre, dans laquelle la Commission de Bruxelles a pris le parti des multinationales !
Pour Miron, c’était « dès le matin, entrer en servitude », ce que je traduisais d’une autre manière dans le livre cité plus haut, « Langue française à l’épreuve », titre sous lequel ma secrétaire d’alors, Marie-Josèphe Laillaut de Wacquant, avait dessiné pour la couverture le symbole du dollar : je parlais de nous autres Français comme de « colonisés sur place ».

 

Il faut croire que nous aimons cet état déshonorant de dépendance ou de servilité puisque la situation n’a fait qu’empirer depuis lors : je ne suis pas anti-américain comme nous en accuse le très sérieux ministre de la culture d’aujourd’hui, je suis contre le fait que certains Français s’en font les larbins à nos dépens.

Cela navre l’esprit, plus encore l’âme d’avoir à constater que le petit monde des snobs de l’industrie, du commerce, des lettres et des arts ait, en 50 années d’aplaventrisme et de lâcheté, a « soumis » ce pays en ce qu’il possède de plus précieux à cette sorte de dhimitude5, en attendant probablement que la vraie nous tombe dessus à force d’apostasier le christianisme et de faire la promotion de l’islam.

Je pense ici à tant de peuples qui ont trouvé dans cette langue un ressort d’unité et un instrument d’insertion dans l’universel – et les y trouvent encore parce que chez eux ils n’ont pas accepté les inconvenances des nationaux de France à ce point « in » qu’on les souhaiterait « out » – et envers lesquels notre pays a contracté des devoirs imprescriptibles : le temps est court devant nous pour rattraper nos erreurs, mais attendre ne serait-ce que dix ans et toutes les ambitions légitimes que nous pouvions et pouvons encore (peut-être) nourrir seront à effacer de nos mémoires.

Et l’une des conclusions à tirer de ces quelques réflexions autour de l’essai de M. de Closets est que de tout façon rien ne saurait être fait à propos de la langue française, aujourd’hui trésor en usage chez plusieurs peuples et nations, sans une concertation serrée, ce que l’auteur cité ne semble même pas avoir aperçu…
Je vais arrêter là mes divagations, sinon j’y serais encore dans cent trente deux pages…

Dominique Daguet

1 - Source Wikipédia.

2 - Prenez le mot « étrenne » : ne laissez qu’un « enne » ce qui donne « étrène ». Plus personne ne comprendra le mot.

3 - L’adel est l’adresse électronique et le courriel le message électronique… Les deux remplacent avantageuse-ment le « mail » et l’ « e-mail ».

4 - Mais n’a-t-on pas porté de coups mortels à la notion même de peuple ?
Claude-Henri Rocquet, avec qui j’évoque cette affaire closetsienne, se souvient avec émotion de Gaston Miron expliquant avec passion à des étudiants québécois les raisons majeures qu’il y avait à ne pas accepter la mise au rancart de leur langue ; il donnait comme exemple le caractère insidieux de l’invasion de termes états-uniens (et l’on sait depuis très longtemps qu’importer de trop nombreux mots d’une seule langue, ici l’anglo-états-unienne, c’est laisser la langue importatrice être brouillée par la syntaxe et la grammaire de la langue importée et par là exposée, tel un fruit qui grouille de vers, à voir se gâter ses qualités de toujours : une perversion qui conduit inévitablement à un affaiblissement, puis à une perte de rayonnement lié à une perte de séduction) : ainsi, disait Gaston, le matin on n’usait pas d’un « après-rasage » mais d’un « after-shave » dont on ne sait pas d’ailleurs s’il s’agit d’un produit masculin ou féminin… Mais à la table du petit-déjeuner on trouvait du « pop-corn » et non du « maïs soufflé »… On ne se faisait pas faire dans l’après-midi un « examen général »mais un « check-up » que certains écrivent naïvement « chèqueupe » !

5 - Et non « dhimmi attitude », type de formulation absurde dont se sont emparé comme naturellement les publicitaires : la « magie attitude », la « zen attitude » et mille autres que l’on pourrait fabriquer pour ne rien dire.