07.01.2009
Inquisition des Français par la HALDE
Dans Présent du 6 janvier, nous avons évoqué la dernière folie de la HALDE qui s’attaque à Ronsard au motif que son poème, Mignonne, allons voir si la rose, donnerait une image négative des seniors (comme on dit aujourd’hui, le choix de cette appellation elle-même traduisant bien la tabouïsation générale de la pensée). Un de nos abonnés, faisant référence à cet article, m‘écrit : « Connaissez-vous la chanson de Didier Bourdon, On peuplu rien dire, qui résume bien l‘état des lieux. »
Oui, je connais cette chanson de Didier Bourdon. Et je sais que, nonobstant le statut de Didier Bourdon, ex-membre du groupe des Inconnus et acteur apprécié, elle est persona non grata sur les ondes ou à la télé où elle ne passe jamais. « On ne peut plus rien dire / Si tu veux pas te retrouver seul / T’as intérêt à fermer ta gueule / On ne peut plus rien dire », chante Bourdon. Et il énumère les interdits et ce que risquent ceux qui les bravent. Ne pas dire que l’on fume. Marcher sur des œufs quand on parle de religion, d’homosexualité (« Si j’dis qu’j‘ai un ami homo / ‘tention dit’s pas qu’c‘est un pédé »). Faire gaffe au pinard, aux radars, aux motards. Ne pas dire du bien de la France (« Tu dis : la France quand même / C’est vrai c’est un beau pays / Mais tu rigoles ? La France c’est un pays de pourris ») (1). Ne pas dire que l’on lit Céline. Etc.
La chanson de Didier Bourdon date de 2005. A cette époque, l‘état de sidération dans lequel est plongée notre société était déjà bien avancé. Il n’a cessé de progresser à grands pas.
Pour ne citer que quelques cas récents, souvenons-nous de l’universitaire Olivier Pétré-Grenouilleau traité de « négationniste » – pas moins… – pour avoir osé rappeler que l’esclavage a été pratiqué par les Noirs africains eux-mêmes et par les musulmans. Ou encore l’historien Sylvain Gouguenheim, traité de « révisionniste » et d’« islamophobe » à cause de son essai Aristote au mont Saint-Michel où il relativise la vulgate habituelle selon laquelle l’Europe devrait beaucoup – sinon tout – aux Arabes. Et aussi le député Christian Vanneste, littéralement ostracisé pour avoir soutenu que l’hétérosexualité assure mieux la survie de l’espèce humaine que l’homosexualité. Et encore Robert Redeker, contraint de se cacher parce que, dans une tribune du Figaro, il avait dit le peu du bien qu’il pensait de Mahomet.
On pourrait multiplier ainsi les exemples jusqu‘à plus soif de ceux traités en parias parce qu’ils ont touché à la doxa. De Kad Merad, l’acteur de Bienvenue chez les Ch’tis, condamné à payer des dommages et intérêts à l’association Droit des non-fumeurs, pour avoir avoué son amour du cigare, à Eric Zemmour ou Alain Finkielkraut pour avoir supposément tenu des propos « racialement discriminatoires ». En passant par Claude Allègre traîné dans la boue parce qu’il ose contredire les sectateurs de cette tarte à la crème qu’est le réchauffement climatique (il est traité, lui, de « négationniste écologique »).
« On ne peut plus rien dire / Si tu veux pas te retrouver seul / T’as intérêt à fermer ta gueule. » Avec Présent – et quoi qu’il en coûte – vous aurez au moins une certitude : on ne la fermera jamais.
(1) Avec ce commentaire de Didier Bourdon : « Peut-être qu’en fait t’as raison / C’est pas si bien qu’on dit / Bah alors, connard / Qu’est c’qui t’oblige à vivre ici ? »
ALAIN SANDERS
13:09 Publié dans Liberté d'expression | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : halde, liberté d'expression



