05.02.2009
La cherté de l'euro accélère les délocalisations
L’euro, bouclier ou boulet?
Par Laurent Pinsolle. L’euro a 10 ans. Certains affirment que la monnaie unique et la BCE nous auraient protégés. Pourtant, la crise que nous traversons, partie des États-Unis, s’est transmise plus rapidement et plus violemment que d’habitude à l’économie européenne.
Dès lors, l’euro est-il un bouclier ou un boulet pour l’Europe?
Beaucoup d’analystes prennent le cas de l’Islande pour dire que la monnaie unique nous protège.
Pourtant, cet exemple est très abusif : l’Islande est un pays de deux cent mille habitants, dont l’économie dépendait excessivement de la finance (le bilan des banques représentait 9 fois le PIB, le double du Royaume-Uni). Une comparaison plus pertinente serait avec la situation anglaise, dont la taille de l’économie est équivalente à la nôtre. Encore que, là aussi, le poids de la finance et l’endettement colossal des ménages (plus important qu’aux États-Unis) exposent la Grande-Bretagne beaucoup plus que la France. Mieux : le fait de ne pas avoir rejoint la monnaie unique ne semble pas forcément un problème pour nos voisins d’outre-Manche. Les taux d’intérêts des emprunts d’États y sont plus bas que les nôtres (3,53% au Royaume-Uni, 3,66% en France). La principale différence vient des parités monétaires puisque d’une part, l’euro continue à s’apprécier, au point d’être la monnaie la plus surévaluée du monde avec le yen, alors que la livre n’en finit plus de baisser, puisqu’elle cote moins de 1,1 euro. L’euro est surévalué de 30% par rapport au dollar et de 20% par rapport à la livre. En temps de crise, une telle surévaluation est dramatique pour la compétitivité des industriels qui produisent en zone euro. À l’inverse, la dépréciation du dollar a permis aux États-Unis d’amortir la crise en 2008, puisqu’ils ont eu 2% de croissance au deuxième trimestre grâce à l’envolée de leurs exportations (en hausse de plus de 10%), alors que la zone euro rentrait déjà en récession. L’Europe a ainsi devancé d’un trimestre le pays d’où est venu la crise, paradoxe qui montre bien que la monnaie unique n’est pas un bouclier contre la crise, mais bien un boulet pour les économies de la zone euro, du fait de sa cherté.
Pourquoi l’euro est un problème.
Bref, l’euro ne nous permet pas d’emprunter moins cher (les taux sont à 3,53% au Danemark et 2,68% en Suède…) tout en pénalisant notre croissance par un cours beaucoup trop élevé. Cette cherté de l’euro a une raison : la BCE a pour seul objectif la stabilité des prix et pas la croissance et le plein emploi comme la Fed Américaine. Résultat, elle mène en général une politique monétaire trop restrictive (et donc plus rémunératrice) quand la croissance faiblit, ce qui attire les capitaux et fait monter l’euro : les taux courts sont aujourd’hui à 2,5% pour la zone euro, 1,5% pour la livre et quasiment à zéro pour le dollar. À cette politique d’euro cher, qui accélère les délocalisations, s’ajoutent des problèmes structurels à la monnaie unique, indépendants de la BCE. Les économistes ont identifié ce que l’on appelle une Zone Monétaire Optimale, une zone géographique apte à partager la même monnaie. Pour cela, il faut un budget central, une mobilité des travailleurs et enfin une grande proximité économique (endettement, inflation…). Depuis près de 20 ans, la plupart des économistes soulignent que la zone euro ne correspond pas absolument pas à une Zone Monétaire Optimale et que le choix de faire une monnaie unique était un choix politique qui ne reposait pas sur une réalité économique. Résultat, l’absence de possibilités d’ajustements monétaires pousse les pays à pratiquer la déflation salariale pour assurer leur compétitivité économique. Cela a été le choix de l’Allemagne, qui abordait les années 90 avec un coût salarial supérieur de 25% à la moyenne européenne. En ayant bloqué les salaires (le salaire médian est le même qu’en 1986…), nos voisins d’outre-Rhin ont regagné en compétitivité. Mais cette politique de stagnation salariale entraîne forcément une croissance anémique puisqu’elle interdit tout gain de pouvoir d’achat pour 90% des ménages.
Absence de gain pour le coût du crédit, surévaluation massive qui entraîne des délocalisations (une partie du fuselage du prochain A350 sera fabriquée aux Etats-Unis) et course au moins-disant salarial : l’euro n’est pas un bouclier pour les peuples européens, mais bien un boulet pour nos économies.
Source : The Economist 10 janvier
12:00 Publié dans Politique monétaire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : délocalisations, inconvénients de l'euro
Depuis le temps que l'on disait aux Français que l'euro ne valait rien!
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Galéjade? Que nenni, c’est même écrit dans le Figaro du 12 janvier 2009...
Et pour rebondir sur un tel aveu Jacques Sapir ne se prive pas d’une suggestion:
« la transformation radicale de l’Euro d’une monnaie unique en une monnaie commune pourrait éviter que les tensions internes induites par le processus d’eurodivergence n’atteignent un point de rupture. Le statu quo actuel est certainement l’option la plus dangereuse économiquement (...) Les partisans les plus acharnés de l’Euro, ceux qui refusent d’ouvrir le débat sur son évolution, en seront ainsi les fossoyeurs et ils enfonceront le dernier clou dans le cercueil qui enfermera le cadavre de l’idée européene.
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Une dynamique d’eurodivergence se manifeste à l’intérieur de la zone Euro. Ceci peut sembler étonnant, car l’instauration de l’Euro comme « monnaie unique » avait en théorie pour fonction d’aboutir à une homogénéisation des économies de la zone.
Le processus de divergence était cependant visible dès 2003. Ainsi, dès cette époque avait été reconnu par un des meilleurs partisans de l’Euro que si l'on assistait alors à une unification des marchés des dettes (les marchés obligataires), les espaces qui continuent de porter une trace, même lointaine, de l'économie réelle (telles les Bourses) restaient marqués par "la forte résistance des segmentations nationales" (1). Notes Article de Jacques Sapir du 12 janvier 2009. | |||
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