04.10.2008

Presse: Sarkozy ne soutient pas la diversité !

Palais de l’Elysée. Jeudi 2 octobre. Nicolas Sarkozy lance les états généraux de la presse écrite pour sortir les journaux de leur crise financière sans précédent. Notre invitation en main, Jeanne Smits et moi-même nous nous frayons un petit passage au milieu de la foule de ce que l’on appelle maintenant les « acteurs du secteur presse ».

Et c’est vrai que des journalistes, hier, parmi ces directeurs et chefs de rédaction des groupes de presse, on n’en voyait pas beaucoup. A l‘œil, c‘était très net. Très peu de nos habituels confrères de la presse écrite en jeans et blousons un peu cra-cra, barbe de trois jours. Mais à la place, des vieux et gros messieurs en costume et manteau de prix, tous de la même couleur anthracite, qui ressemblaient à des banquiers. Ce sont les patrons de presse.

On pouvait se demander depuis quand ces « acteurs du secteur presse » n’avaient pas tenu un stylo sinon pour signer un chèque. Un monde de finance, d’actions, un monde industriel beaucoup plus que journalistique et littéraire, très masculin, un monde théoriquement très riche mais aujourd’hui en péril.

L’autre indice qui ne trompait pas c’est que dans les conférences de presse, les « vrais » journalistes se précipitent au buffet et dévalisent sans vergogne champagne et petits-fours. Là, le très raffiné cocktail élyséen n’intéressait personne. Serge Dassault ou Didier Quillot, de Lagardère Active se fichent pas mal de boire un bon champagne de plus ou de moins. Un autre déjeuner ou même plusieurs les attendent juste après et du champagne millésimé, on leur en sert ordinairement plus qu’ils ne pourront jamais en boire. Un autre « boss » aux cheveux argentés et ondulés, l’air tout content de lui-même, circulait dans l’assistance, certain d’y être reconnu, avec un long manteau en cachemire beige porté sur les épaules comme une cape. Chacune de ses attitudes étaient une pose. Je n’ai jamais réussi à savoir qui c‘était. Mais on avait envie de l’envoyer en reportage sur le terrain. Dans les transports en commun. Juste une fois.

Soudain Sarko. Avec son ton direct, pragmatique, il a posé beaucoup de problèmes réels. Précisant au passage que l’Etat consacrait chaque année près d’un milliard d’euros d’aides (directes ou indirectes) à la presse : L’Etat doit être le premier à s’interroger avec vous sur l’efficacité de ces aides publiques.

Pendant deux mois, quatre groupes de travail vont « poser un diagnostic et dégager des solutions » a-t-il promis. Evoquant les principaux tueurs de la presse écrite, internet et les journaux gratuits, il a rappelé que ce n‘était pas la seule raison et que la crise de la presse avait commencé avant leur émergence. Il a rappelé son attachement à la presse écrite, « nécessaire à la démocratie, à la liberté d’expression et d’information, support indispensable à la révélation d’informations », instrument d’analyse, de liberté, de critique :

« En plus de l’info, on achète une culture, une histoire, une maquette, des références, des habitudes, des auteurs, des choix éditoriaux et plus que tout, peut-être une vision, des engagements, des audaces, un talent. (…) Eh oui même parfois un talent », a-t-il répété non sans une ironie appuyée. Sourires dans l’assistance où chacun pensait in petto que la pique n’avait pas raté son voisin.

Mais alors qu’il plaidait pour une presse libre et diversifiée, Sarkozy, dont le discours ne manquait pas de contradictions, appelait de ses vœux un avenir en forme de grands pôles multimédias avec des marques. Un supergroupe avec une même source d’info, une même opinion et une « obligation de formation continue » pour des journalistes déjà tous sortis du même moule et de la même école de journalisme. On est très loin de la diversité et du fourmillement d’idées et d’opinions. Là encore, il s’agit d’une logique industrielle et de rendement.

« Pour être indépendant, affirme le Président, un journal doit être rentable. » Faux. Encore une utopie industrielle. C’est le moyen de financement qui rend le quotidien rentable. Et certains financements, publicitaires, actionnaires, ont leur droit de regard sur le contenu rédactionnel. Présent est l’exemple même du quotidien complètement indépendant et pauvre. Sa pauvreté est même la conséquence de son indépendance et de sa liberté. Quelles que soient les lois sur la presse, quel que soit le régime politique, la liberté du journaliste restera toujours moins étouffée dans la pauvreté que dans l’opulence, dans l‘éloignement des palais officiels que dans leur fréquentation obséquieuse.

L’Etat a les moyens d’aider réellement la presse si elle veut, notamment sur le plan de la distribution et de l’impression qui datent des années 1945. Les journaux sont paralysés par les coûts de distribution et d’impression avec le Syndicat du livre. Casser le monopole des NMPP et du Syndicat du livre qui se font payer des sommes astronomiques pour en faire très peu redonnerait une respiration financière aux journaux. Les journaux étrangers n’ont pas ces charges. De même, la situation générale serait améliorée si le pouvoir politique prenait l’initiative de réformer la législation en vigueur : par exemple en commençant par interdire que la publicité commerciale dépasse 5% des recettes d’un journal (voir à ce sujet le dernier ouvrage de Jean Madiran, Enquête sur… la maladie de la presse écrite, Ed. Via Romana).

CAROLINE PARMENTIER